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L’abysse du masculinisme

L’ascension d’un mouvement misogyne et homophobe.
cécile richetta

Le Délit

B

eaucoup d’encre a coulé ces
derniers temps, et même
ces dernières années, à
propos d’une minorité d’hommes
se proclamant «masculinistes» ou
«néo-masculinistes». Le dernier
en date à déclencher la controverse
était Roosh V, un blogueur américain se décrivant comme un néomasculiniste et dont le discours
misogyne, homophobe et pro-viol
lui a valu beaucoup d’attention.
Bien qu’il y ait un nouveau sou e
du mouvement au Québec en ce
moment, ce mouvement est un
problème mondial.
Représentants, réseaux sociaux
et fans
À chaque mouvement ses réactionnaires, ses traditionalistes et
ses détracteurs. Le féminisme n’y a
pas échappé: la lutte pour l’égalité
économique, sociale et politique
des sexes ne pouvait pas faire que
des heureux. Néanmoins, qu’un
mouvement patriarcal soit en plein
gain de popularité est déjà bien
plus déconcertant. Au 21e siècle, il
semblerait que les antiféministes
aient enﬁn trouvé leur voix dans le
mouvement masculiniste.
Selon Mélissa Blais et Francis
Dupuis-Déri, les auteurs du livre
Le Mouvement masculiniste au
Québec: L’antiféminisme démasqué, le masculinisme est «un

discours prétendant que les féministes et les femmes dominent une
société dans laquelle les hommes
sont e éminés et n’ont plus de rôle
signiﬁcatif à jouer». Ces groupes
prétendent parler avant tout des
di cultés d’être un homme, un
père, un mari dans notre société
actuelle et posent ainsi les hommes
dans une situation de précarité par
rapport aux femmes.
L’inquiétude générale se focalise plutôt sur les moyens d’action
préconisés par les représentants
de ce mouvement. Le tristement
populaire Roosh V a notamment
demandé de rendre le viol légal
dans le cadre domestique pour que
les femmes prennent conscience
du danger et n’invitent plus
d’hommes chez elles. Son blog

humblement nommé Le Retour
des Rois (Return of the Kings, ndlr)
regorge d’articles similaires et les
commentaires de ses fans sont
tout aussi dérangeants.
Le masculinisme est un mouvement ancré dans son siècle: sa
popularité passe par l’anonymat
et la rapidité des réseaux sociaux.
Sans ces plateformes, le mouvement est restreint de tous les
côtés. Mais la richesse des réseaux
sociaux est aussi leur limite. Un
rassemblement mondial lancé par
Roosh V devait avoir lieu le dimanche 7 février 2016. Le mouvement
ayant été largement médiatisé, la
condamnation a été tout aussi virale et les réunions ont été annulées.
Dans une veine similaire, en novembre 2014 le «coach en drague»

Julien Blanc fut interdit d’accès
dans de nombreux pays après avoir
tourné une vidéo où il expliquait
comment draguer avec succès une
femme, notamment en forçant des
inconnues à mettre leur visage au
niveau de sa braguette.
Les dangers du discours antimasculiniste
Le masculinisme nous inquiète, mais l’amalgame nous guette, et
chaque personne se doit de porter
un œil critique aussi bien sur les
masculinistes que sur les antimasculinistes. Avant tout, il faut éviter
d’associer n’importe quel discours
à propos des di cultés des hommes à un discours antiféministe.
Chaque société se doit de préserver

un espace sain pour la liberté d’expression, le respect des opinions et
inquiétudes de chacun. Rien ne sert
de pointer du doigt et d’accuser à
tort et à travers, au risque de rendre
un mouvement misogyne encore
plus populaire qu’il ne l’est déjà.
Chacun a un droit inaliénable
à la parole et les hommes doivent
participer activement aux changements de nos sociétés. Les exclure
sous prétexte que n’importe quelle
critique est patriarcale et traditionaliste est profondément problématique. Souvenez-vous de l’article sur l’association Movember
(publié dans Le Délit le 18 novembre 2015, ndlr). Ses fondateurs
identiﬁent le taux élevé de suicide
chez les hommes comme un des
problèmes majeurs auquel l’association tente de répondre; parallèlement, de nombreux masculinistes prétendent que le féminisme et
le nouveau rôle des femmes sont en
vérité la source de ce taux anormalement élevé, cherchant de cette
façon à culpabiliser les femmes.
Blâmer les femmes est une erreur
de la part des masculinistes, mais
cela ne doit pas pour autant nous
empêcher de réﬂéchir aux causes
poussant les hommes au suicide.
Il est dommage que le mot
«masculiniste» soit devenu une
plateforme antiféministe, alors que
le terme avait le potentiel pour un
discours constructif centré sur les
hommes. Hommes et femmes ne
devraient pas être ainsi opposés:
leurs batailles sont à la fois propres
à leur sexe et communes. x

chronique

Le Canada mis au défi

Esther Perrin Tabarly | La minute écolo

L

e samedi 12 décembre dernier, après deux semaines
de négociations, les 165
parties participant à la COP21
ont adopté l’accord de Paris, un
document de quarante pages censé énoncer les engagements de la
communauté internationale pour
pallier les effets du changement
climatique. Le Canada fait partie
des signataires du texte qui prévoit de limiter le réchauffement
climatique en-dessous du seuil
des 2 degrés Celsius, de financer

l’investissement dans la durabilité des pays en développement
et qui mentionne, quoique timidement, l’hypothèse d’un monde
sans carbone d’ici 2100.
Elizabeth May, dirigeante du
Parti vert du Canada, a assisté à
la Conférence des Parties et s’est
dite satisfaite de ce traité qu’elle
caractérise d’«historique et
potentiellement salvateur». Ce
dernier, qualifié par le président
de la COP21, Laurent Fabius, de
«différencié, juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant», doit encore
surmonter bien des obstacles de
bureaucratie au niveau international et national avant d’entrer
en vigueur en 2020.
Promesses canadiennes
En amont de la COP21,
le Canada a partagé la contribution que le gouvernment
Trudeau comptait mettre en
place à l’échelle nationale, qui
soulignait notamment que le

le délit · mardi 9 février 2016 · delitfrancais.com

pays souhaitait s’engager à une
réduction de 30% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici
2030, par rapport au niveau de
référence de 2005. Lors de sa
visite à Paris à l’occasion de la
conférence, M. Trudeau avait en
outre fait part de son intention
de faire du changement climatique une priorité, qu’il conjuguerait avec une croissance durable.

«Ceux qui peuvent
se doivent d’aider»
Il avait cité son intention de
s’investir aux côtés d’initiatives
collaboratives telles que Mission
Innovation ou la Coalition pour
le leadership en matière de
tarification du carbone (CPLC).
«Ceux qui peuvent se doivent
d’aider», avait-il conclu.
Le ministre canadien des
Affaires étrangères Stéphane
Dion a affirmé, suite à la signature de l’accord, que le premier
ministre Justin Trudeau ren-

contrerait les provinces et les
territoires pour discuter de sa
mise en place dans les 90 jours
suivant la fin de la COP21. On
n’a pas encore eu vent d’un tel
rassemblement, malgré l’attitude
enthousiaste des représentants
du gouvernement à la clôture de
la conférence.
Promesses politiques?
Mais quel sera l’écart
canadien entre les promesses
et les faits accomplis? Le gouvernement a certes grandement
changé de positionnement par
rapport à la dernière Conférence
des Parties. Le recul des conservateurs face au protocole de
Kyoto est un précédent politique
qui reste brûlant. Celui de Paris
est le premier accord sur le climat qui exprime une vocation
universelle. Le Canada sera-t-il
à la hauteur du défi?
L’économie du pays repose
grandement sur l’exploitation de
ses ressources naturelles (et fos-

siles). L’effort à faire en matière
de conversion énergétique et
industrielle est énorme. L’accord
de Paris n’aura pas d’impact sur
le Canada si le pays ne s’investit
pas pleinement dans la transition verte.
Certains doutent même
de la réelle valeur de l’engagement pris à Paris. Selon
Gideon Forman, un analyste
à la Fondation David Suzuki,
le gouvernement canadien
devrait s’engager à se reconvertir à 100% vers les énergies
renouvelables au cours des 35
prochaines années, s’il souhaite
rester en-dessous de la barre des
1,5 degrés Celsius. Dans cette
transition radicale mais, pour
reprendre les paroles de Mme
May, «salvatrice», le gouvernement aura indéniablement besoin du soutien d’une poigne de
fer et du public. Vient le moment
de découvrir si les positions du
nouveau Canada libéral sur les
thématiques du climat sont politiques ou réelles. x

société

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