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                  <text>CAMPUS

Cécile Amiot &amp; Romain Hainaut / Le Délit

McGill vous regarde
Doit-on questionner la place des caméras et de la police sur le campus?
Alexandra Nadeau
Le Délit

C

ombien de caméras surveillent les étudiants de
McGill? Que penser des
interventions de la police sur le
campus? Depuis le printemps
étudiant, la place de la police
a augmenté à Montréal, et de
petites caméras de surveillances
bourgeonnent un peu partout
aux intersections stratégiques au
sein de la métropole.
L’Université McGill ne fait
pas exception à la règle. Depuis
le rapport Manfredi et la modiﬁcation au protocole de l’étudiant,
les dispositions quant au droit
de manifester sur le campus ont
changé. Comme l’explique au
Délit André Costopoulos, doyen
à la vie étudiante, les manifestations sont tolérées sur le campus
à moins qu’il y ait obstruction
d’une entrée ou d’une porte. À
partir de ce moment, McGill se
donne le droit d’intervenir.
Toutefois, comme Michelle
Hartman, professeure de littérature arabe à McGill l’explique, la
présence policière sur les campus et la surveillance découragent les étudiants à se mobiliser
et amènent un climat de peur sur
le campus. Elle croit que c’est
évident que les actions à saveur
politique sont visées par l’administration de McGill, surtout
depuis l’adoption du protocole.
Michelle est l’une des six professeurs de McGill qui a signé
la lettre il y a deux semaines qui
demande la démission de Marc
Parent et de Ian Lafrenière, respectivement directeur du Service
de police de la Ville de Montréal
(SPVM) et porte-parole du
SPVM. Cette lettre a été signée
par 120 personnes suite à l’arrestation de masse qui a eu lieu le
15 mars lors de la traditionnelle
manifestation contre la brutalité
policière.

«

Après deux avertissements, c’est clair qu’il
faut faire appel à de
l’autorité externe.»
Quand la police réplique
Au cours du dernier mois,
à deux reprises, le SPVM a été
appelé par McGill. En effet, un
message adressé aux étudiants
mcgillois informait que des policiers pourraient intervenir sur le
campus lors de la Saint-Patrick.
Aussi, la police a été appelée
pour disperser le petit groupe qui
manifestait en face des laboratoires lors de l’action organisée par
demilitarize McGill contre la recherche sur les drones de guerre.
«Ça, ça fait parti de la réponse normale de l’Université
quand il y a obstruction […]

Après deux avertissements, c’est
clair qu’il faut faire appel à de
l’autorité externe», dit André
Costopoulos . Il explique que
si la manifestation avait eu lieu
sans obstruction, il n’y aurait
pas eu de problèmes. «Des interventions policières, on en a assez
souvent», dans les résidences
aussi, mentionne-t-il. «Il y a un
taux assez constant du nombre
d’interventions par session».
André
Costopoulos
dit
toutefois que «dans le cas de la
Saint-Patrick, McGill n’a pas fait
appel à la police», mais que c’est
normal d’avoir une relation avec
eux dans le cadre de cette fête
car ils doivent veiller à la sécurité
dans la communauté de MiltonParc. «S’ils veulent patrouiller
sur le campus, on ne peut pas les
en empêcher [...] mais ce n’est
pas nécessairement parce qu’on
leur a demandé d’intervenir»,
dit-il.
«Du point de vue de l’Université, manifester ce n’est jamais un problème. La liberté
d’expression, la liberté d’assemblée à l’Université c’est fondamental comme droit […] Ce
n’est d’ailleurs pas limité par le
code de conduite de l’étudiant».
Cette intervention de la police est-elle souhaitable sur un
campus universitaire?
André Costopoulos affirme
que souvent, McGill n’a pas de
contrôle sur l’intervention de la
police sur le campus. Lorsque
c’est l’Université toutefois qui
le demande, la police peut intervenir dans les cas où il y a obstruction.
Michelle Hartman croit
qu’il y a trop d’interventions
policières sur le campus, comme
à Montréal en général. «Ça fait
à peine deux ans que la police
est venue sur le campus, a défait
une occupation, et a battu des
étudiants». Elle est préoccupée
par le fait qu’appeler la police
pour terminer les manifestations
ne fasse que dissuader les étudiants de manifester. «Je ne vois
pas pourquoi on doit avoir des
policiers qui viennent mettre ﬁn
aux manifestations étudiantes.
C’est quelque chose que je n’approuve pas».
Suzanne Fortier dit que les
étudiants ont le droit de manifester de manière paciﬁque, mais
qu’ils n’ont pas le droit de nier
les droits d’autrui. Elle dit que
les étudiants ont été avisés qu’ils
devraient quitter les lieux, mais
qu’ils ne l’ont pas fait, et qu’à ce
moment là la police a été appelée. «C’est des questions difﬁciles. […] Je crois à la liberté d’expression, c’est un droit fondamental», dit-elle. «Est-ce qu’on
aime ça appeler la police? Non,
pas du tout! Mais il faut penser
aux étudiants qui voient leur
droit d’accès dénié» conclut-elle.

x le délit · le mardi 1er avril 2014 · delitfrancais.com

Souriez, vous êtes ﬁlmés
À McGill, les caméras sont
organisées dans un système de
réseau fermé, administré par
les services de sécurité de l’université. Le protocole de McGill
sur les caméras stipule que les
caméras sont utilisées dans une
optique de sécurité de la communauté de McGill.
Toutefois, Michelle Hartman
se questionne: «Voulons-nous
vivre dans une société où nous
sommes surveillés par qui, pourquoi, pour quelles raisons? Je ne
crois pas».
André Costopoulos dit qu’à
McGill, il n’y a pas eu d’augmentation du nombre de caméras de
sécurité. «Tout est dans l’application des outils [de sécurité qui
peuvent devenir des outils de
surveillance]. Il faut s’assurer que
l’administration se sert des outils
de la bonne façon».
André Costopoulous ne sait
toutefois pas s’il y a une politique par rapport à l’utilisation des
caméras.
Et est-ce que ces caméras
sont parfois utilisées comme
preuve contre les étudiants?
En réponse à cela, André
Costopoulos dit que «s’il y a
une allégation relative au code
de conduite étudiante, n’importe
quelle preuve peut être amenée
par l’équipe disciplinaire par rapport à ça. […] Le comité décidera
si c’est une preuve valable».

«

Ils savent qui sont les
étudiants, ils savent quel
est votre nom, où vous
allez [...] Il y a ce genre
de détails dans les rapports.»

votre nom, où vous allez […] Il y
a ce genre de détails dans les rapports». Elle croit qu’il faut vraiment se questionner sur la place
des caméras au sein de McGill.
Antoine S. Christin, un étudiant de l’Université de Montréal,
avait demandé en 2012 à l’Université McGill de lui fournir des enregistrements vidéos car il s’était
fait arrêté par le Service de police
de Montréal en face du portail de
l’Université. L’étudiant aurait eu
besoin de cette preuve pour justiﬁer une arrestation abusive faite à
son égard par le policier Dominic
Chartier lors d’une manifestation
dans le cadre de la grève étudiante. La responsable de la sécurité
de McGill avait alors refusé de lui
donner les enregistrements, en
spéciﬁant que cette information
ne pouvait lui être fournie parce
qu’exclusive aux policiers ou au
corps de justice.
Est-ce que les caméras de
surveillances sont donc vraiment un moyen efﬁcace d’assurer la sécurité des gens observés?
Michelle Hartman dit qu’elle ne
se sent pas plus en sécurité parce
qu’il y a des caméras de sécurité.
André Costopoulos dit que
«À l’Université, on peut et on
doit tout questionner. Donc si
quelqu’un veut apporter une
question au Sénat ou dans un des
corps administratifs à McGill, il
devrait le faire, et puis il va y avoir
réponse à la question, c’est pas un
problème».
À l’UQAM, cela fait maintenant presque deux ans que les
étudiants se mobilisent contre la
présence de caméras au sein de
l’Université. Simon Larochelle,

exécutant sur l’association étudiante de science politique et
droit, explique au Délit que ce
n’est pas nouveau qu’il y ait des
caméras à l’UQAM, cela fait depuis les années 1990 qu’on en
retrouve. Toutefois, c’est récemment, suite à la grève étudiante en
2012, que le café Aquin et ses corridors avoisinants se sont vus fermer, des endroits reconnus pour
abriter des étudiants et des associations politiquement engagés.
«C’est là qu’on a vu le nombre de
nouvelles caméras de surveillance
augmenter», «elles ont été installées dans le périmètre, à l’extérieur
de celui-ci et un peu partout dans
l’UQAM». C’est à ce moment
qu’une campagne contre les caméras de sécurité s’est entamée.
«On a fait face vraiment à une offensive de l’UQAM», poursuit-il.
À l’UQAM, on ne voit plus
cela comme des caméras de «sécurité» mais carrément comme
des caméras de «surveillance»,
explique Simon. Les étudiants se
sentent plutôt surveillés, voire espionnés, car ça empiète sur la protection de leur vie privée. «C’est
une façon détournée de surveiller
et de dissuader l’activité politique
et syndicale étudiante», explique Simon. En effet, les caméras
ont été placées stratégiquement.
L’administration a le plein pouvoir sur ce qui est recueilli par les
caméras, et il n’y a pas de politique
de gestion de ces caméras. «Le
service de sécurité de l’UQAM a
aussi la possibilité d’installer des
caméras cachées, sans devoir rendre des comptes à ce sujet», poursuit-il. Le débat entre sécurité et
éthique n’est donc pas résolu. x

Michelle Hartman ne comprend pas pourquoi il doit y avoir
des caméras sur le campus. Elle
dit que les caméras sont utilisées
par les gardes de sécurité pour
ﬁlmer les étudiants et d’autres
personnes lors des manifestations et qu’ils en rédigent ensuite des rapports. «J’ai vu les
rapports qui relatent ce que les
étudiants font sur le campus. Ce
n’est pas une question, c’est un
fait [que McGill surveille les étudiants, les professeurs et d’autre
personnes]», dit-elle. «Il y a des
étudiants qui ont eu des charges
disciplinaires portées contre eux,
et ce sont des preuves vidéos qui
ont été utilisées contre ces personnes […] Il y a des exemples
[…] qui étaient dans le rapport
de sécurité: ‘’l’étudiant X était
avec l’étudiant Y et faisait telle
chose. Et ce n’est pas seulement
l’étudiant X dont on parle, mais
toutes ces autres personnes impliquées». «Ils savent qui sont
les étudiants, ils savent quel est

Actualités

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